L’expérience Bee Box

Parmi les objectifs du Wild Bees Project, il y a la recherche et l’étude d’abeilles mellifères à l’état sauvage. Le but est d’évaluer leur capacité d’adaptation et de résilience sans intervention humaine (Cf. apiculture). De mieux comprendre comment ces abeilles sauvages résistent aux maladies, aux pesticides, aux prédateurs, etc.

Pour trouver les nids d’abeilles et pouvoir les étudier, nous avons expérimenté il y a quelques jours un équipement appelé « Bee Lining Box » (préconisé par le Professeur Thomas Seeley, expert américain des abeilles mellifères). Une simple boîte en bois constituée de 2 chambres identiques séparées par une cloison amovible, de 2 battants sur les faces avant/arrière et d’une paroi en plexiglas à l’extrémité de la chambre arrière.

La méthode de recherche est simple mais demande de la patience ! En quelques mots, les abeilles sont attirées à l’intérieur de la « Bee Box » par un peu de miel, on leur laisse le temps de s’en délecter. Puis elles repartent au nid avertir d’autres ouvrières de la présence du délicieux liquide. Quelques minutes passent et d’autres abeilles arrivent pour goûter à leur tour le miel. A ce moment-là, les abeilles sont délicatement marquées au pinceau avec une couleur (peinture naturelle inoffensive). On remarque alors le retour des abeilles marquées avec chacune sa couleur. C’est à partir de là qu’il faut calculer le temps de l’aller-retour nid/Bee Box, ainsi que la direction du vol des abeilles. Au fur et à mesure, les mêmes opérations se répètent et on se rapproche progressivement du nid jusqu’à le trouver.

Lors de notre expérimentation nous n’avons pas trouvé de nids d’abeilles sauvages car nous étions dans une zone trop proche de ruches apicoles. D’après nos calculs de distance et la direction des abeilles, un rucher se trouvait bien à quelques kilomètres.

Mais la technique fonctionne parfaitement et nous referons l’expérience dans un milieu naturel moins exposé aux ruchers domestiques avec l’espoir de trouver des nids d’abeilles sauvages.

On ne protège bien que ce que l’on connaît !

Affaire à suivre !

La Bee Lining Box
Mise en place et lecture du protocole
Une première abeille arrive!
Première abeille de marquée
On repère la direction de l’envol, pas simple!
En attendant le retour des abeilles, observation du Bourdon des Pierres

Une ruche tronc au Fort l’Écluse

Environ 1000 espèces d’abeilles ont été dénombrées en France et 600 en SuisseApis mellifera est la seule espèce en Europe à produire du miel. Cette « abeille à miel » vit sur notre planète depuis 6 à 9 millions d’années, elle a réussi à faire face et à s’adapter à divers problèmes (maladies, prédateurs, températures extrêmes, etc.) grâce à la sélection naturelle. Ce petit hyménoptère existait donc avant, durant et après les dinosaures. Il a survécu aux ères glaciaires, une adaptation extraordinaire ! Mais aujourd’hui, Apis mellifera peine à se préserver des ravages liés à la pollution environnementale et génétique (introduction de souches d’abeilles non-adaptées aux conditions locales), aux maladies, aux prédateurs ainsi qu’à la destruction de leurs habitats naturels. Or les abeilles et tous les pollinisateurs sont essentiels au maintien de la biodiversité.

En partenariat avec Pays de Gex Agglo, l’association Wild Bees Project œuvre pour la préservation des abeilles sauvages mellifères. Sur une des plus haute terrasse de Fort l’Ecluse, un rucher très particulier a été installé en 2020. Évoluant dans un écosystème relativement préservé, il se veut être représentatif d’une apiculture durable avec un minimum d’interventions humaines et une récolte de miel limitée, utilisée surtout pour le nourrissage de ces mêmes colonies.

Le 24 avril 2021, l’association WBP a installé une ruche tronc vide, habitat proche de l’habitat naturel de l’abeille mellifère. Fabriquée à la main par Thierry Pochet, membre du WBP, avec le tronc d’un Pin (résineux). La ruche fait environ 28 cm de diamètre avec une épaisseur de bois de 10 cm (l’épaisseur d’une ruche conventionnelle est d’environ 1,5 cm) pour un volume de 35 litres (dans la nature, les nids d’abeilles ne dépassent pas les 40 litres et sont le plus souvent de forme arrondie). Grâce à cela, l’isolation est optimale, la chaleur est uniforme et sans « points froids » minimisant ainsi les risques de moisissures et le développement de maladies. Cette forme arrondie offre une telle isolation que les abeilles n’ont besoin que de 3 kilos de miel pour passer l’hiver contre 15 kilos dans une ruche conventionnelle ! Dans une ruche tronc, il n’y a pas de cadres. Les abeilles bâtissent elles-mêmes l’intérieur de la ruche en fonction de leurs besoins et elles savent très bien le faire ! Cette ruche tronc sera occupée, soit spontanément par un essaim, soit par l’ajout d’une colonie d’abeilles locales.

Thierry et la nouvelle ruche tronc
Le coeur de la ruche

Le saviez-vous?

Les pollinisateurs sont aujourd’hui victime du manque de ressources en plantes mellifères. Pour les aider, vous pouvez agir !

  • Semez des plantes mellifères locales et indigènes dans votre jardin ou sur vos balcons.
  • Ne tondez pas l’intégralité de votre gazon et laissez quelques zones monter en fleurs ou en friche. Ces zones offriront une nourriture indispensable aux pollinisateurs.
  • Il est essentiel de proscrire tous les produits toxiques, les produits phytosanitaires et engrais de synthèse. Préférez les solutions naturelles.
  • Préservez les haies et les bosquets qui apportent ombre, protection contre le vent, fraîcheur et humidité, refuge et nourriture.
  • Créez des points d’eau avec de simples écuelles ou la création d’une mare.
  • L’agriculture biologique est une source nourricière importante et de qualité pour les abeilles et pour vous.

Des abeilles & des hommes

L’abeille à miel  (Apis mellifera) vit sur notre planète depuis 6 à 9 millions d’années. Elle a évolué en 29 sous-espèces qui vivent à l’état sauvage en Asie, en Afrique et en Europe depuis des siècles. Avec le temps, elle a réussi à maîtriser tout changement (les maladies, les prédateurs, les températures extrêmes, etc.) grâce à la sélection naturelle. Ce petit hyménoptère existait donc avant , durant et après les  dinosaures. Il a survécu aux ères glaciaires, une adaptation extraordinaire ! Mais aujourd’hui, Apis mellifera peine à se préserver des ravages du dernier venu sur terre, l’Homme.

Si l’on remonte dans le temps, on retrouve notre abeille aux côtés de l’homme dès l’Antiquité. En Basse-Égypte elle était le symbole du pays. Les égyptiens n’avaient pas de ruches mais confectionnaient des abris pour les abeilles. En Grèce le miel était utilisé comme remède et à Rome on répertoriait le vocabulaire et les connaissances apicoles. En France on fabriquait des ruches avec l’écorce des arbres. Au Moyen-Age les récoltes de miel étaient abondantes et l’abeillage devint un droit féodal. Les premières ruches avec un système de hausse apparurent.

Entre la renaissance et le XIXème siècle de nombreuses études sont faites sur les abeilles. A cette époque 2 groupes d’apiculteurs s’affrontent, l’un défend les pratiques traditionnelles, l’autre les techniques modernes. C’est l’âge d’or de l’apiculture, plusieurs ouvrages sont publiés et une mutuelle se créé pour protéger les apiculteurs. On détermine les prix et on améliore la qualité des produits. On cherche la meilleure race d’abeilles, la meilleur ruche…. On effectue alors des croisements pour obtenir des abeilles sélectionnées plus dociles et travailleuses. Jusqu’aux années 1980-1990, les récoltes sont florissantes. Mais le métier devient très technique, fatiguant et coûteux avec le prix des traitements antiparasitaires. Le nourrissements, les résultats aléatoires et le prix de vente ne correspondent plus aux investissements de temps et d’argent.

En 150 ans, cette domestication des abeilles s’est renforcée et presque toutes les abeilles indigènes autochtones ont disparu de leur aire de répartition à cause du croisement spontané et pratiquement inévitable avec les souches de l’industrie apicole. Aujourd’hui, les abeilles utilisées en apiculture sont de plus en plus malades en raison de la sélection artificielle et des conditions d’élevage : Mauvais logements des abeilles, alimentation en sucre, sélection spécialisée pour la production de propolis, miel, gelée royale, etc…  propagation artificielle, perte d’adaptabilité aux conditions environnementales. Il est grand temps de prendre une nouvelle direction et cesser de penser que les abeilles ne peuvent pas vivre sans intervention humaine, en justifiant des traitements chimiques contre certaines maladies ou une alimentation artificielle n’équivalant pas au nectar saisonnier des fleurs. Ce sont justement le plus souvent ces méthodes qui rendent les abeilles malades et n’ont donc pas vocation à les sauver à  long terme…

De nombreuses études ont montré que les abeilles peuvent se réadapter à la nature. Il est urgent de mettre en œuvre de nouvelles pratiques apicoles raisonnables, responsables et durables. Car comme tant d’espèces sur notre bonne vieille planète, les abeilles subissent l’impact lourd et destructeur de l’Homme.

Tombe de Pabasa, rive ouest du Nil, environ 600 avant JC
illustration artistique ruche ancienne

Les pollinisateurs de son jardin

Pour donner un coup de main aux pollinisateurs de son jardin, on peut planter et semer des plantes mellifères ! On peut aussi ne pas tondre tout son gazon et laisser les pâquerettes, les véroniques et autres lamiers fleurir librement.

Les insectes pollinisateurs sauvages (abeilles sauvages, guêpes, bourdons, papillons, mouches, syrphes etc…) assument dans nos régions près de 85% de la pollinisation des plantes à fleurs. Ces butineurs couvrent toutes les périodes de floraisons et certains même par temps froid et pluvieux, comme le bourdon. Chacun sa spécialité pour ne délaisser aucune plante ! Les syrphes pollinisent les petites fleurs abandonnées par les plus gros insectes, les bourdons font vibrer certaines fleurs pour en libérer le pollen. Des papillons comme le sphinx récoltent le nectar des tubes profonds avec leur longue trompe. En butinant, les insectes transportent le pollen des étamines (organes mâles) vers le pistil (organe femelle) assurant la reproduction sexuée de ces plantes et donc la formation des fruits et des graines. Sans leur contribution, nous n’aurions quasiment plus de fruits et de légumes dans nos assiettes, ni de chocolat et de café, ni d’oléagineux, ni de pois, de fèves ou de fruits à coques…. Les pollinisateurs participent aussi au maintien de la biodiversité et de l’équilibre des écosystèmes.

Or, on ne le répètera jamais assez, les pollinisateurs dans le monde sont menacés de disparition. Selon une des rares études sur le sujet, publiée en 2016, 40% des espèces pollinisatrices sont en voie d’extinction (IPBES). Les causes nous les connaissons : pesticides, monocultures, labour systématique des sols, destruction des habitats naturels, changement climatique, manque de ressources.

Alors, à notre humble niveau, et si nous avons la chance d’avoir un jardin, aussi petit soit-il, plantez, semez et préservez les plantes mellifères autour de chez vous ! (ref : pollinis.org)

Apis Mellifera
Piéride
Grand Bombyle

Des fleurs par saisons

Les températures se sont bien rafraîchies ces dernières semaines, mais on observe quand même dans la nature ou au jardin de nombreuses nouvelles plantes mellifères.

Parmi elles, le Tussilage ou Pas d’âne (Tussilago farfara) est une plante pionnière qui pousse en groupe sur des sols argileux calcaires fraichement remués. Il ressemble un peu au pissenlit, mais plus petit et plus précoce. Au printemps alors que ses fleurs s’épanouissent, ses feuilles, elles, sont inexistantes et apparaîtront bien après. Sa couleur jaune est très attractive pour les abeilles qui récoltent surtout son pollen, élément vital très important à cette époque.

Le Saule Marsault (Salix capraea) est un petit arbre entomophile qui utilise les insectes pour disséminer son pollen. En ce moment, il fournit en quantité, nectar et pollen de qualité qui auront une répercussion très positive sur l’évolution des colonies d’abeilles. La floraison s’effectue là aussi bien avant l’apparition des feuilles. Le Saule Marsault a la particularité, contrairement au Noisetier par exemple, d’être dioïque, c’est-à-dire que les plantes mâles sont sur un arbre (chatons blancs puis jaune) et les plantes femelles sur un autre arbre (chatons gris-vert).

La Ficaire printanière (Ranunculus ficaria = Ficaria verna = Ficaria ranunculoides)

Appelée aussi petite éclaire a un cycle de vie très court, elle aura totalement disparu dans le courant du mois de mai. Les abeilles visitent activement ces fleurs et y récoltent principalement du pollen. Au début du printemps, tous les apports protéinés sont les bienvenus pour la nourriture des larves et la sécrétion de gelée royale par les jeunes nourrices.

Le Saule Marsault (Salix capraea)
La Ficaire printanière (Ranunculus ficaria = Ficaria verna = Ficaria ranunculoides)

Les souches d’abeilles introduites : Importantes pour l’apiculture mais néfastes pour l’environnement.

Apis mellifera

Selon plusieurs études scientifiques, on peut affirmer aujourd’hui que l’essor de l’apiculture professionnelle et amateur pratiquée massivement comme résultat d’un effet de mode par des milliers de personnes, nuit à l’environnement et déstabilise les écosystèmes naturels.

Les abeilles introduites provenant surtout d’Italie et des pays de l’est et/ou issues de croisements (Apis mellifera lingustica, A. m. carnica, Buckfast, etc) sont les abeilles utilisées en apiculture. Celles-ci entrent en concurrence avec les abeilles indigènes dont certaines sont des sous-espèces en danger, chez nous : Apis mellifera mellifera, appelée aussi abeille noire. Nous croyons agir en faveur de la nature en installant des ruches par-ci par-là, mais ce geste s’avère néfaste pour l’environnement et les espèces d’abeilles sauvages ainsi que pour les autres pollinisateurs. La forte densité de ruches monopolise les ressources florales et augmente la concurrence entre les pollinisateurs indigènes accélérant ainsi le déclin de certaines espèces fragiles. En réalité ce sont les abeilles indigènes (les abeilles noires, les bourdons, les abeilles solitaires) qui ont besoin le plus d’être soutenues et non pas les abeilles introduites comme nous avons pu le croire il n’y a encore pas si longtemps.

Il est de plus en plus évident que l’engouement pour les abeilles issues de l’apiculture conventionnelle s’est fait au détriment des abeilles indigènes si essentielles à l’environnement. L’apiculture ne fait pas que du bien et il est urgent d’en prendre conscience.

Référence : https://www.scientificamerican.com/article/the-problem-with-honey-bees/

Pour aller plus loin et mieux comprendre l’origine de l’abeille Apis mellifera, la plus répandue au monde :

Au départ un groupe d’abeilles (Apis mellifera) issue du Moyen-Orient forme 3 rameaux qui auraient progressé séparément vers l’Europe du nord, l’Europe du Sud et l’Afrique pour donner des sous-espèces d’Apis mellifera. Parmi ces sous-espèces nous avons Apis mellifera mellifera qui résulte de la progression vers l’Europe du nord et représente notre abeille indigène à protéger d’urgence.

Les abeilles utilisées en apiculture sont aussi des Apis mellifera majoritairement issues d’autres sous-espèces venant d’Italie et d’Europe de l’est. L’Homme a réussi avec le temps à obtenir par des croisements une souche d’abeilles plus dociles et productives, la Buckfast. L’abeille locale (Apis mellifera mellifera) peut être utilisée pour participer à une apiculture durable en trouvant un équilibre entre production et maintien des populations locales.

Mais le risque aujourd’hui, sont les croisements entre abeilles importées et abeilles indigènes comme Apis mellifera mellifera. Car ce mariage génère souvent des abeilles agressives et qui avec le temps peut mener à la perte du patrimoine génétique des abeilles indigènes adaptées aux conditions locales depuis plus de 70 millions d’années.

Les abeilles sauvages font partie de notre patrimoine, il faut les protéger !

Des fleurs par saisons

Toutes les fleurs sont nécessaires aux pollinisateurs. Les identifier permet de mieux les respecter et nous conduit à être attentif à leur préservation pour que les insectes s’en nourrissent et accomplissent leur travail de pollinisation.

Environ 20% des plantes à fleurs de nos régions utilisent le vent pour disséminer leur pollen, on les appelle les plantes anémophiles. Les 80% restant utilisent les insectes, on dit que ce sont des plantes entomophiles. Outre le pollen qui est l’élément mâle produit par la fleur, la plupart des plantes entomophiles sécrètent un liquide sucré appelé nectar à partir duquel les abeilles mellifères élaborent leur miel.

En ce mois de février, voici quelques fleurs mellifères que vous pouvez observer au jardin, toutes servent aux abeilles qui seront sorties de la ruche en ces températures clémentes !

Le noisetier commun (Corylus avellana) est un arbuste anémophile. Mais il produit très tôt dans l’année une importante quantité de pollen et offre aux abeilles mellifères la base des premiers aliments protéinés de la ruche. Chez le noisetier commun, seuls les chatons mâles, longs et pendants, intéressent les abeilles. Les fleurs femelles sont reconnaissables à leurs stigmates rouge-corail, elles se transformeront en délicieuses noisettes.  Il s’agit d’une essence monoïque : les deux sexes sont séparés sur la même plantes.

La véronique de Perse (Veronica persica), petite fleur bleue bien discrète mais que l’on retrouve déjà dans les jardins en ce mois de février.

La pâquerette (Bellis perennis) fait partie de la famille des astéracées comme les pissenlits et les marguerites.  Ce que l’on pense être une fleur est en réalité une inflorescence. Celle-ci regroupe plusieurs fleurs. Chaque pétale de l’inflorescence, appelé ici capitule, est en fait une fleur !

Nuit des Bibliothèques le 30.11.19 à Chambésy 🇨🇭

L’association Wild Bees Project a participé à la Nuit des Bibliothèques le samedi 30 novembre 2019 à Chambésy 🇨🇭

Après une présentation consacrée aux abeilles, le public a participé à un atelier de création de bougies à base de cire de la ruche 🐝

Super souvenir que vous pouvez retrouver dans la vidéo ci-dessous (début : 1mn30s).

Un grand merci à l’équipe de la bibliothèque.

Rosa María & Guillaume pour l’équipe WBP